L’année dernière, j’ai eu l’opportunité de voyager à travers une dizaine de villes entre les Etats-Unis et l’Europe lors de ma tournée The Bullet Journal Method. Pendant un des événements, j’ai eu le plaisir de rencontrer une jeune Bullet Journalist dont le travail m’était familier. J’avais déjà vu plusieurs de ses publications au fil des années, bien que je n’en ai pas vu récemment. Quand j’ai autographé son livre, elle m’a dit que son Bullet Journal lui manquait.

Curieux, je lui ai demandé, “Pourquoi as-tu arrêté ?”

“J’ai arrêté mon Bullet Journal parce que je ne récoltais plus autant de ‘j’aime’ qu’avant” m’a t-elle confié.

Mon cœur s’est serré. Malheureusement, c’est une histoire que j’ai entendue bien trop souvent au sein de la communauté. Elle a continué en disant qu’elle se forçait à faire des pages de plus en plus belles pour récolter plus de ‘j’aime’. Et au fur et à mesure que les ‘j’aime’ ont inévitablement diminué – probablement dû à l’algorithme en constante évolution d’Instagram – elle a perdu sa motivation et a arrêté d’y investir du temps et de l’énergie.

Je lui ai demandé, “Pourquoi avais-tu commencé un Bullet Journal ?”
“Parce que j’aimais tous ces exemples magnifiques qu’on trouvait en ligne”, elle a répondu.
J’ai souri, et essayé à nouveau :”Oui, mais au début, qu’est-ce que tu cherchais quand tu l’as découvert ? Pourquoi avais-tu besoin de ton Bullet Journal ?”
“Je ne me souviens pas.”

On a parlé encore un peu pour essayer de comprendre pourquoi elle s’était détachée de sa pratique du Bullet Journal. Cette idée de la dissociation est revenue plusieurs fois pendant ma tournée. Quand j’explorais le sujet avec ceux qui l’amenaient, le problème sous-jacent était toujours le même : le Bullet Journal n’était plus utilisé avec le même but. Ce but ? C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. Plus précisément, c’est une question à laquelle je ne suis pas en pouvoir de répondre, et vous comprendrez pourquoi un peu plus tard.

L’histoire de cette femme que j’ai mentionnée plus tôt est l’exemple parfait pour illustrer ce qui arrive quand le Bullet Journal n’est plus utilisé selon son objectif initial. Dans son cas, le résultat fut un vide qui se remplissait avec l’approbation des autres. Elle n’est pas la seule dans ce cas. Il y a un nombre croissant de Bullet Journalistes qui galèrent à développer leur pratique dans les sables mouvants de la validation sociale. Tous ces gens élaborent des collections plus complexes à chaque fois, investissant toujours plus de temps, pour des ‘j’aime’. C’est problématique pour plusieurs raisons, mais principalement parce que plus vous vous concentrez sur le besoin des autres, moins vous prêtez attention aux vôtres. Et cela transforme la méthode du Bullet Journal d’une pratique personnelle en une performance.

Pour qui et pourquoi pratiquez-vous le Bullet Journal ?

Le pouvoir du Bullet Journal est qu’il devient ce sur quoi vous vous concentrez. Ce que vous voyez en ligne peut avoir une puissante influence sur comment vous définissez votre approche, votre habileté et votre réussite. Par tous les moyens, apprenez des autres. La force de cette communauté est cette créativité sans fin et sa volonté de partager des solutions à des problèmes universels. Soyez attentif concernant ce que vous adoptez pour votre propre pratique. C’est la différence entre “Mon BuJo a besoin de ressembler à ça” et “Comment mon Bullet Journal peut m’aider au maximum ?” ou “Oh, regarde toutes ces habitudes que je pourrais suivre” et “Quelles habitudes auraient le plus de valeur dans ma vie?”

J’aime décrire la méthode Bullet Journal comme une maison vide. J’ai donné à la communauté cette maison à remplir avec leurs propres vies. C’est la clé, de remplir l’espace avec des choses qui vous aident. Si cette chaise est trop sophistiquée, vous ne vous assoirez pas dessus. Si la cuisine est trop compliquée, vous ne ferez pas la cuisine. Si vous décorez votre maison avec des choses basées sur la vie des autres, vous vous sentirez comme un étranger dans votre propre espace. Si vous n’êtes pas attentifs, vos carnets de notes peuvent rapidement se remplir de collections qui n’apportent rien à votre vie. Ce n’est alors pas étonnant que celui-ci se transforme en corvée. Vous entretenez le journal d’un autre… pas le vôtre.

Peut-être que vous ne vous comparez pas aux autres, mais pourtant vous vous sentez déconnecté de votre pratique. Vous sentez que vous n’apprenez rien – ou que vous ne faites pas de progrès – et cela peut indiquer que vous êtes devenus “trop” confortables. Vous êtes passé en mode autopilote et votre pratique s’est immobilisée. Encore une fois, c’est qu’elle a arrêté d’être efficace. Nous ne vivons pas des vies statiques. Au fur et à mesure que le temps passe, nos conditions de vie et nos besoins changent. Notre pratique doit toujours être en évolution pour continuer d’y ajouter de la valeur.

Si vous vous sentez bloqués, démotivés, submergés, ou simplement en dehors de votre journal, revenez aux bases. Faites un pas en arrière. Souvenez-vous pourquoi vous avez commencé. Vous sentiez-vous tête en l’air, triste, désorganisé, anxieux, débordé, déprimé ? Et comment votre pratique du Bullet Journal a, au départ, permis d’éliminer ces problèmes ?

Et si vous avez changé vos besoins de bases ? C’est une excellente chose ! Maintenant, vous avez l’opportunité de vous renouveler avec ce qui vous importe – ou quels sont vos challenges – maintenant. Vous voyez où je veux en arriver ! Je ne peux pas vous donner le but du Bullet Journal parce qu’il ne peut être défini – et redéfini – que par vos besoins très spécifiques. En d’autres termes, le but du Bullet Journal doit être défini par vous. Si vous ne le faites pas, il ne vous appartiendra pas et votre pratique vous semblera sans intérêt. Votre vie, vos challenges, vos projets sont uniques. A vous d’assembler vos outils pour votre objectif.

Débarrassez-vous de tout ce qui ne sert pas cet objectif. Commencez simple. Construisez doucement. Votre pratique n’a pas à être “belle”. Elle a juste besoin d’être réelle, pertinente et efficace. Plus que tout, elle a besoin de vous appartenir. Peu importe à quoi ressemble votre Bullet Journal, il doit vous faire sentir bien. N’ajoutez que ce qui a de la valeur, et donnez-vous la permission de vous délester des choses qui n’en ont pas.

Ne soyez pas honteux, frustés ou découragés si votre Bullet Journal ne ressemble pas à ce que vous espérez. Reconnaissez ces émotions pour ce qu’elles sont : des signes d’alerte. Elles veulent dire que vous êtes en train d’être distrait par ce que font les autres. Ne ruminez donc pas sur ce que votre carnet n’est pas, et célébrez ce qu’il peut être. Concentrez-vous sur la seule chose qui compte : comment il peut vous servir.

On m’a dit un jour que le meilleur moyen d’écrire est d’écrire ce qu’on a envie de lire. Dans notre Bullet Journal, c’est l’histoire de notre vie. Et c’est une histoire bien compliquée, mais potentiellement magnifique. La différence réside dans notre présence au long du chemin. Votre Bullet Journal est là pour vous aider à capter l’essence de cette histoire de façon à l’étudier et à apprendre de vos expériences. Mais il fonctionne aussi comme un outil pour vous aider à changer la direction de votre histoire si vous n’aimez pas vers où elle se dirige. Dans le cas où vous vous perdez de temps en temps, ou que l’objectif ne vous convient plus, tournez simplement la page et recommencez. Utilisez votre Bullet Journal pour vous aider à écrire l’histoire que vous voulez lire.

Traduit de Ryder Carroll. Pour en savoir plus et expérimenter la méthode complète, vous pouvez démarrer ici.